
Photo de la tribu des dogons, qui défient la gravité en construisant leur village entre les rides d'un rocher escarpé
Dans la savane, noire comme un cœur écorché,
Des grandes flammes écrasent la lune de jais :
Dansseuses sublimes qui gémissent, Apollons tendres
Qui allument des Mars de peinture et cendre.
Ces monstres, satanés et divins, domptent
Leurs lances de chair et de peau, triomphants.
Diables noirs qui tracent leurs visages ;
Anges humanisés par la terre sauvage.
Ses crânes rouillés de bronze font trembler la faux ;
Des mains colossales éclatent les tambours ;
Rubicans* débridés ruisselants de folie
Et palpitant enragés comme un cœur à rebours
Ah ! Ils adorent des êtres gerbiques* :
Ils offrent leurs âmes de guerrier mythique
Aux Dieux de sang et fureur : marées destructives
Miracles de feu qui font frémir les corps futiles.
Sous un baobab desséché, des singes déchus
Observent étourdis la danse des morts.
Tristes flammèches, jaunes et vaincues,
Silencieuses devant cette orgie sonore.
Des tamtams infatigables brisent l’encre
De la nuit et font trembler l’Achéron ;
Les bras musclés de Caron se tordent de peur
Et l’Hadès n’est plus que l’ombre de l’enfer.
Des Hommes, de ces flammes qui germinent sur terre
Poussières de béton et plastique qui triturent
Le son des rivages et teignent de rouge les mers
Fantastiques fourmis infatigables ! Vous avez gagné !
Le monde est à vous…
Hélas ! Ne priez pas surtout !
Dieu danse avec les fous.
Pieds nus dans son ciel,
Il se moque des mortels.
*Rubicans : cheval noir à poils blancs disséminés dans tout son corps
*Gerbique : vomitif en argot

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