
Hier, juste avant de me coucher, j’ai eu la sensation de retrouver un bonheur d’antan, déjà fané entre les rides du temps. Je ne sais quel action ou vision a déclenché ce sentiment, je crois que la lumière de ma lampe de chevet au milieu du noir. C’était une sensation qui germait des sens, pourtant elle n’en appartenait à aucun d’eux. Ce n’était pas une odeur, quoi qu’elle y ressemblait ; il y avait aussi une image, ou plutôt une couleur : c’était un jaune lumineux et pâle, et l’image brouillée, voir diaphane, de mon premier amour s' ébauchait derrière cette couleur. Ce ne fut qu’un instant, trop court pour prendre du plaisir à s’en souvenir et trop long pour passer inaperçu. Je sentais soudain que je retournais à l’année dernière, ou même un peu avant ; c’était l’année de l’insouciance et à la fois du mûrissement de mon esprit. Je devenais grand, je goûtais pour la première fois le mot « liberté » et je commençais depuis quelque temps à sentir le plaisir de se sentir beau. Le bac était encore loin, je jouissais de ma jeunesse et je souriais beaucoup plus que maintenant. Mais ce petit souvenir, cette sensation, s’évanouissait bien avant de pouvoir démarrer avec ces réflexions. J’aurais désiré le retrouver encore une fois ; j’aurais été prêt à bien en profiter. Mais il ne revint plus. Je restais un instant quiet, là, à côté de mon lit, en essayant de rattraper un train qui était déjà fort loin de la gare.
À ce moment là, je me suis rendu compte que le temps passe si vite, que nous ne nous apercevons pas de l’instant dans lequel nous commençons à ne plus être heureux. Mais, qu’est-ce que le bonheur ? Est-ce qu’il répond vraiment à nos désirs ? Spinoza dirait qu’il faut se contenter de peu de chose pour pouvoir être heureux, qu’il ne faut pas chercher le bonheur au-delà du nécessaire, puisqu’il devient source de malheur. En partie, il dit vrai : plus nous possédons et plus nous désirons et plus difficile est de l’obtenir. Je pense quand même que le grand bonheur se trouve au-delà du nécessaire; il se trouve, en partie, dans l’autoréalisation de soi. Et cela n’est pas facile à obtenir, puisque nous ignorons comment grandir. Je viens de me rendre compte que le bonheur est, dans ce sens, comme le vent : il change tout le temps de direction, et donc, nous ignorons le chemin à suivre pour pouvoir nous laisser guider par celui-ci.
Je songeais intérieurement que ce n’était qu’une légère parenthèse au milieu du long chemin, qu’au fond j’étais sur la bonne route, la même que l’année dernière… Je croyais que j’étais même plus heureux grâce à la liberté, qui s’étendait en moi comme la peinture dans l’eau. Mais depuis, le vent a changé de direction. Hélas ! La vanité est parfois la chimère qui nous aveugle le plus. À quoi servent cette liberté et ce doux plaisir de s’aimer, qui en d’autres temps nous offraient la joie, si nous sommes maintenant enchaînés à des obligations, qui nous empêchent de croître intérieurement ?
Pour la première fois depuis très longtemps, je me suis rendu compte d’une vérité aussi évidente qu’écrasante : le bonheur perdu ne se rattrape pas. J’ai beau vouloir achever mon bac pour récupérer mon bonheur antérieur ; celui-ci s’est déjà évanoui : il ne me reste plus qu’à en concevoir un autre.

Genial. Conservas tu estilo genuino plasmado en algo que categorizaria de nuevo (dentro de tu mismo estilo). Tampoco hay muchas palabras que añadir, me encanta tu francés, es precioso y muy estilizado, ¡enhorabuena Jack!
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